Datte

Ce que l’on croit souvent
La datte, c’est un fruit sec à noyau, un cousin du pruneau.
La vraie définition botanique
On la range sans y penser du côté des fruits secs à noyau, quelque part entre le pruneau et l’abricot sec. Trois mots pour la décrire, et trois erreurs.
La datte n’a pas de noyau. Ce n’est pas un fruit sec. Et elle ne pousse pas sur un arbre.
Ce que l’on recrache n’est pas un noyau : c’est la graine elle-même. Un fruit à noyau - une drupe - se définit par la paroi du fruit : sa couche interne se lignifie et forme une coque dure, le noyau, à l’intérieur duquel se trouve la graine. C’est pourquoi, en cassant un noyau de prune, d’abricot ou de pêche, on découvre une amande à l’intérieur : le noyau appartient au fruit, la graine est enfermée dedans.
La datte ne fonctionne pas ainsi. C’est une baie, comme le raisin, la tomate ou la myrtille (voir Baie) : sa paroi est charnue d’un bout à l’autre. Sa couche interne existe bien, mais elle reste membraneuse - c’est ce mince film blanchâtre, presque du papier, que l’on trouve parfois collé au prétendu noyau. Il n’y a donc rien à casser : ce que l’on recrache est la graine, nue. Plantez un noyau de prune, vous mettez en terre un coffret contenant une graine ; plantez un « noyau » de datte, vous mettez en terre la graine elle-même.

La confusion joue d’ailleurs dans l’autre sens. La jujube, vendue sous le nom de « datte chinoise », n’est pas une datte du tout : c’est le fruit de Ziziphus jujuba, et lui possède un vrai noyau ligneux. Une fausse datte à noyau, une vraie datte sans noyau.
Ce n’est pas non plus un fruit sec. L’abricot sec, le raisin sec, la figue sèche ont tous été séchés par quelqu’un. La datte, non : elle se déshydrate seule, sur le régime, et c’est son stade normal de maturité. Les cultivateurs en distinguent quatre : kimri, verte et dure ; khalal, colorée et croquante ; rutab, molle et sucrée ; tamar, enfin, ridée et pauvre en eau, celle qui se conserve des mois. La datte du commerce est cueillie à ce dernier stade : le travail que nous faisons subir à l’abricot, elle l’a fait toute seule.
Et au sens strict, « fruit sec » désigne en botanique un fruit dont la paroi est sèche à maturité : la noix, le gland, l’akène. La datte est un fruit charnu. L’expression est donc fausse dans les deux acceptions du mot.

Reste le palmier, qui n’est pas un arbre. Le dattier (Phoenix dactylifera) est une monocotylédone, apparentée par sa structure au blé, au bambou et au bananier. Il n’a ni cambium, ni bois véritable, ni croissance en épaisseur, donc pas de cernes (voir Bois). Ce que l’on appelle son tronc est un stipe : une colonne dont le diamètre est fixé une fois pour toutes près du sommet, et qui conserve en surface les cicatrices des feuilles tombées. Un palmier ne grossit pas avec l’âge ; il ne fait que s’élever (voir Arbre).
Une baie sans noyau, un fruit charnu que l’on croit sec, sur une plante qui n’est pas un arbre. Il ne reste de vrai, dans l’idée qu’on s’en fait, que le sucre.
Pour aller plus loin.
Le dattier est dioïque : il existe des pieds mâles et des pieds femelles, sur des palmiers distincts. Aucune datte ne se forme donc sans qu’un pollen soit apporté d’un pied mâle à une inflorescence femelle - et comme un seul mâle suffit à féconder des dizaines de femelles, les cultivateurs pratiquent depuis des millénaires la pollinisation à la main, en attachant une hampe mâle au cœur du régime femelle. Les bas-reliefs assyriens représentent déjà ce geste : c’est l’une des plus anciennes interventions humaines documentées sur la reproduction d’une plante.
Quant à savoir si ce « noyau » est bien une graine, une expérience a tranché de façon spectaculaire. En 2005, des chercheurs israéliens ont mis en terre des graines de datte retrouvées lors des fouilles de Massada et datées au carbone 14 des environs du début de notre ère. L’une d’elles a germé. Le palmier qui en est issu a été baptisé Mathusalem. Aucun noyau de prune ne germe : il faut que la graine qu’il contient en sorte. Ici, il n’y avait pas de coque à ouvrir, seulement une graine restée vivante pendant deux mille ans.
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