Arbre

Ce que l’on croit souvent
Tout le monde croit savoir ce qu’est un arbre. Mais le définir vraiment - par le tronc, le bois, la hauteur ? - est bien plus délicat qu’il n’y paraît.
La vraie définition botanique
« Un arbre, ce n’est pas que du bois. Une forêt, ce n’est pas que des arbres« .*
Pourquoi cet article sur l’arbre ? Tout le monde sait ce qu’est un arbre ? Non ?
Vous avez sans doute raison. Mais comment le définiriez-vous ?
Regardons le dictionnaire : « Végétal pouvant atteindre des dimensions et un âge considérables, dont la tige ligneuse se ramifie à partir d’une certaine hauteur au-dessus du sol. Bot. Végétal ligneux qui possède un tronc et qui, dans son plein développement, dépasse huit mètres de haut«**.
Quant au Dictionnaire illustré de botanique, celui-ci nous indique qu’un arbre est « une plante ligneuse d’au moins 7 m de haut présentant un tronc ramifié vers le haut« .***
Commençons par reprendre cinq termes importants : plante, ligneux, tronc ramifié, dimensions et âge importants.
Contrairement à certaines croyances les arbres font entièrement partie des plantes terrestres avec leurs spécificités. Nous n’avons pas d’un côté les arbres et de l’autre côté les plantes. Ces dernières sont composées des herbacées, des arbrisseaux, arbustes et arbres.
Ligneux : oui. Les arbres fabriquent bien plus de lignines que les herbacées qui en fabriquent également. Cela est même visible chez certaines comme les bambous, par exemple, qui possèdent un port arborescent et des tiges ligneuses, de la famille des Poaceae (graminées). Les bambous sont des herbacées à rhizomes.
Avec un tronc ramifié ? Cela se précise.
La biologie va nous être utile ici. Il existe deux tissus ou ensembles de cellules particulières chez les plantes que l’on appelle les Méristèmes primaires et secondaires.
Les premiers sont dits organogènes (pouvant donner n’importe quel organe de la plante) et se trouvent aux extrémités ou presque des racines, tiges et rameaux. Ils favorisent la croissance en longueur des plantes.
Les seconds sont uniquement histogènes, générateurs de tissus, ne sont pas présents chez tous les végétaux et notamment pas chez les herbacées. Ils forment le cambium permettant la génération des vaisseaux conducteurs de sèves (le xylème et le phloème) et le phellogène générant le phelloderme vers le centre et le liège vers l’extérieur. Ils favorisent la croissance en épaisseur et vont être, notamment à l’origine du diamètre plus ou moins important de la tige que l’on appellera tronc. Ils ne se trouvent que chez les conifères ou Pinophyta et les plantes à fleurs vraies ou angiospermes dicotylédones, ou Magnoliopsida, autrement dit chez les arbres.
On en déduit, donc, qu’une plante ne possédant pas de méristèmes secondaires ne rentre pas dans la catégorie des arbres.
Quid des palmiers, de la famille des Arecaceae, par exemple ?
Ce que l’on appelle, à tort, le tronc des palmiers porte le nom de stipe. Ce dernier est un « organe végétatif analogue à une tige mais sans développement de tissus conducteurs secondaires et donc sans croissance en épaisseur »***. Le stipe des palmiers n’est pas un tronc. Leur tige ou stipe n’est pas non plus ramifié. Malgré leur port arborescent, les palmiers ne sont pas des arbres mais des herbacées de grande taille.
Quant à la longévité des arbres, s’il est vrai qu’un certain nombre peut atteindre un âge plus que raisonnable, il est également réel que l’humain leur en laisse de moins en moins l’occasion. La forêt n’est que trop souvent vue comme une exploitation agricole, voire un terrain de chasse.
Les arbres sont souvent considérés comme des objets d’exploitation et l’on oublie, trop souvent, qu’ils existent déjà pour eux-mêmes, comme l’a dit Francis Hallé.
Une forêt de culture agricole ne pourra jamais remplacer une forêt primaire.
* Tribune : pour les Etats généraux de l’arbre et de la forêt, Association Francis Hallé pour la forêt primaire.
** Dictionnaire Le Petit Robert, 2013.
*** Dictionnaire illustré de botanique, Alain Jouy, biotope éditions.

Pour aller plus loin.
Une question reste, que la définition ne pose pas : jusqu’où un arbre peut-il monter ? Les plus hauts connus, des séquoias de Californie, dépassent de peu 115 mètres, et aucun arbre vivant ou fossile n’a jamais atteint 140. Ce plafond n’est ni un hasard ni une question d’âge : c’est une limite physique, et elle tient à la manière dont l’eau monte.
Car aucune pompe ne pousse la sève depuis les racines : c’est la transpiration des feuilles qui la tire, et toute la colonne d’eau tient ensemble par la seule cohésion de ses molécules, du sol jusqu’à la cime. C’est une colonne sous tension, comme une corde tendue - et une corde peut casser. Plus l’arbre est haut, plus la tension est forte, et plus le risque augmente qu’une bulle d’air se forme et rompe la colonne : la cavitation, qui condamne définitivement le conduit touché. (Le détail de ce mécanisme, les deux sèves et ce qui se passe quand l’arbre ferme ses stomates par forte chaleur : voir Sève.)
Résultat, mesuré au sommet des plus grands séquoias : les feuilles y vivent en permanence au bord du manque d’eau. Elles sont plus petites, plus épaisses, plus serrées que celles du bas du même arbre, et leur photosynthèse est bridée. Aux alentours de 120 à 130 mètres, le coût devient tel que la croissance en hauteur cesse d’être rentable : l’arbre continue de grossir, mais il ne monte plus. Un arbre n’est donc pas seulement une plante qui a réussi à devenir grande - c’est une plante qui a trouvé jusqu’où il était possible de tirer de l’eau sans la briser.
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