Coucou

Ce que l’on croit souvent
Le coucou, c’est cette petite fleur jaune des prés, celle qui annonce le printemps.
La vraie définition botanique
Au premier soleil, il est là : une rosette de feuilles gaufrées au ras de l’herbe, une hampe dressée, et tout en haut un bouquet de petites cloches jaunes penchées du même côté. Le coucou. Tout le monde le connaît.
Sauf que « coucou » ne désigne pas une plante.
Selon les régions et les usages, le mot sert à au moins cinq plantes différentes. Et ces cinq-là appartiennent à cinq familles botaniques sans le moindre lien de parenté :
- le coucou proprement dit, la primevère officinale (Primula veris) : une Primulacée ;
- le narcisse jaune (Narcissus pseudonarcissus) : une Amaryllidacée ;
- plusieurs orchidées de prairie (genres Orchis et Dactylorhiza) : des Orchidacées ;
- la fleur de coucou, ou lychnis (Silene flos-cuculi) : une Caryophyllacée, cousine de l’œillet ;
- le pain de coucou, l’oxalis (Oxalis acetosella) : une Oxalidacée.

Qu’est-ce qui les rassemble, alors ?
Ni l’allure, ni la couleur, ni l’usage. Le calendrier. Toutes fleurissent au moment où le coucou - l’oiseau - revient d’Afrique et se met à chanter. Le nom ne dit pas ce que la plante est : il dit quand elle paraît. C’est un nom de saison, collé à des plantes qui n’ont rien à se dire.
Et c’est ce qui rend ce mot singulier. Le chardon rassemble par l’allure, tout ce qui pique (voir Chardon). Le chiendent rassemble par la nuisance, tout ce qu’on n’arrive pas à arracher (voir Chiendent). Le chanvre rassemble par l’usage, tout ce qui donne de la fibre (voir Chanvre). Le coucou, lui, rassemble par la date. C’est un nom d’almanach.

Et le mot « primevère » fait exactement l’inverse.
Là où « coucou » disperse, « primevère » agglomère. Sous ce seul mot, on range la primevère officinale - notre coucou -, la primevère acaule (Primula vulgaris) et la primevère élevée (Primula elatior), sans compter les innombrables variétés colorées des jardineries. Un mot qui éclate en cinq plantes, un autre qui en écrase trois : sur les mêmes prés, la langue courante commet les deux erreurs en sens contraire.
Bref, « coucou » n’est pas le nom d’une plante. C’est le nom d’un moment.
Pour aller plus loin.
Le nom savant et le nom français disent ici la même chose. Primula veris, c’est « la petite première du printemps » ; et « primevère » vient du latin primus ver, le premier printemps. Deux langues, une seule idée : celle qui arrive avant les autres.
Penchez-vous sur deux coucous voisins, et vous verrez peut-être une bizarrerie. Chez l’un, le stigmate occupe la gorge de la fleur et les étamines restent cachées plus bas ; chez l’autre, c’est exactement l’inverse. On appelle ces deux formes longistyle et brévistyle. Une fleur d’un type ne peut guère être fécondée que par le pollen de l’autre : la plante s’interdit ainsi de se féconder elle-même et s’oblige au croisement. Ce mécanisme porte un nom, l’hétérostylie, et c’est Darwin qui l’a élucidé, en 1862, précisément sur des primevères.
Enfin, « officinale » n’est pas un ornement. Le mot désigne les plantes de l’officine, celles du pharmacien. Les fleurs et surtout la racine de la primevère officinale, riches en saponines, entrent de longue date dans les tisanes pectorales pour leur effet expectorant. Le coucou n’annonce donc pas seulement le printemps : il a longtemps soigné les rhumes de l’hiver qu’il venait clore.
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