Aller au contenu principal
Ne plus se planter
C
Notion

Chardon

Chardon commun (Cirsium vulgare) en fleur : un capitule de fleurons violets posé sur un involucre vert tout hérissé d’épines. Le chardon typique, une Astéracée. (Photo Robert Flogaus-Faust, CC BY 4.0.)
Chardon commun (Cirsium vulgare) en fleur : un capitule de fleurons violets posé sur un involucre vert tout hérissé d’épines. Le chardon typique, une Astéracée. (Photo Robert Flogaus-Faust, CC BY 4.0.)

Ce que l’on croit souvent

Un chardon, c’est n’importe quelle plante sauvage qui pique : tige et feuilles épineuses, fleur en pompon, et hop, c’est un chardon.

La vraie définition botanique

On croit tous savoir reconnaître un chardon : ça pique, ça pousse dans les friches, et ça porte au sommet une fleur en pompon souvent violette - comme celle qui ouvre cet article. C’est même l’emblème de l’Écosse. Bref, un chardon, c’est un chardon.

Et ce n’en serait pas toujours un ?

Le problème, c’est que « chardon » ne désigne rien de précis en botanique. Il n’existe pas un chardon : le mot est un nom d’usage, collé au fil des siècles à des dizaines d’espèces qui n’ont souvent en commun que… leurs piquants.

La plupart des « vrais » chardons sont des Astéracées - la grande famille de la marguerite, du pissenlit et du tournesol. Ce que l’on prend pour « la fleur » du chardon est d’ailleurs un capitule : des dizaines de minuscules fleurs (les fleurons) serrées en bouquet, coiffées d’aigrettes soyeuses - le plumeau qui s’envole au vent. On y range les cirses (Cirsium - comme le chardon commun en tête d’article), les chardons penchés (Carduus), le chardon aux ânes (Onopordum, l’emblème écossais), les carlines (Carlina) ou le chardon-Marie (Silybum). Et, cultivés, l’artichaut et le cardon (Cynara) : de vrais chardons de jardin, dont on mange le capitule ou les côtes.

Capitule sec et argenté d’une carline (Carlina) : bractées pointues en étoile autour d’un cœur doré de fleurons
Autre vrai chardon, tout différent d’allure : une carline (Carlina), aux bractées argentées en étoile. Chez elle, ces bractées s’ouvrent au sec et se referment à l’humidité - un vrai baromètre végétal. (Photo Manuel Ferreira.)

Donc tout ce qui pique est un chardon d’Astéracée ?

Même pas. D’autres « chardons » piquent tout autant, mais n’ont aucun lien de parenté avec les précédents. La cardère, ou cabaret des oiseaux (Dipsacus), avec son gros capitule ovoïde hérissé, est une Caprifoliacée - la famille du chèvrefeuille. Le panicaut, que l’on appelle selon les lieux chardon bleu, chardon des dunes ou chardon Roland (Eryngium), est lui une Apiacée : un cousin de la carotte, du persil et du fenouil ! La fameuse « reine des Alpes » (Eryngium alpinum) est de ceux-là.

Capitules secs et hérissés d’une cardère (Dipsacus) en forme d’œufs épineux au bout de tiges raides
Celui-ci, en revanche, n’en est pas un : c’est une cardère (Dipsacus), de la famille du chèvrefeuille. La photo était d’ailleurs rangée sous le nom « chardon » - l’erreur est si naturelle qu’on la commet sans y penser. (Photo Manuel Ferreira.)

Qu’est-ce qui fait alors un chardon ? Rien de botanique : le seul point commun est cette allure épineuse. Et l’épine n’est pas un héritage partagé, mais une invention répétée : des familles très éloignées l’ont chacune retrouvée de leur côté, pour la même raison - décourager les herbivores. Les botanistes appellent cela une convergence.

La prochaine fois qu’on vous montre « un chardon », il y a donc de bonnes chances que ce soit une Astéracée… ou une cousine de la carotte, ou une parente du chèvrefeuille. Le chardon n’est pas une plante : c’est une silhouette que le langage a rassemblée sous un seul mot.

Source : Wikipédia (Chardon, Cardueae, Dipsacus, Eryngium).


Pour aller plus loin.

L’emblème écossais a sa légende, qu’il faut prendre pour ce qu’elle est. Une troupe de Vikings tentant une attaque nocturne aurait trahi sa présence parce que l’un d’eux, pieds nus, aurait marché sur un chardon et crié. Aucune source contemporaine ne l’atteste, l’histoire n’apparaît que bien plus tard - mais elle explique joliment pourquoi une plante que personne ne cultive figure sur les armes d’un royaume.

Plus concrète est l’histoire d’une fausse cousine. La bardane, que l’on range volontiers avec les chardons, est bien une Astéracée, mais son capitule n’est pas armé d’épines : il est hérissé de crochets, de fines pointes recourbées qui s’accrochent aux poils des animaux et aux vêtements. C’est son mode de dissémination, et il est redoutablement efficace. En 1941, un ingénieur suisse rentré de promenade s’est demandé pourquoi il fallait tant de patience pour retirer ces boules du pelage de son chien. Il les a mises sous le microscope, a vu les crochets - et il lui a fallu ensuite près de dix ans pour reproduire le principe en nylon. Le velcro est un capitule de bardane copié, et son nom est la contraction de « velours » et « crochet ». Une plante que l’on arrache de ses chaussettes a fini par fermer les combinaisons spatiales.

À voir aussi

Une erreur ou une précision à apporter ?

Aidez-nous à affiner cette fiche.

Signaler une erreur