Chanvre

Ce que l’on croit souvent
Le chanvre (corde, textile, chènevis) et le cannabis (la drogue), ce sont deux plantes différentes.
La vraie définition botanique
D’un côté le chanvre : la corde, la toile, le chènevis, une plante agricole aussi ancienne que nos civilisations. De l’autre le cannabis, la plante interdite. Deux mondes - donc deux plantes ? Non : une seule.
Chanvre et cannabis sont la même espèce : Cannabis sativa.
Une seule espèce, deux usages, deux sélections. Le « chanvre » n’est pas une plante distincte du cannabis : c’est du Cannabis sativa cultivé pour ses fibres et ses graines. Et cette plante appartient à une famille qui réserve une surprise : les Cannabacées.
En classification phylogénétique moderne (APG IV), les Cannabacées réunissent le chanvre, son plus proche cousin le houblon - oui, celui de la bière - et même les micocouliers. Le tout dans l’ordre des Rosales : la même vaste parenté que les rosiers, les ormes, les figuiers, les mûriers et les orties. Le chanvre a de la famille, et pas celle qu’on imagine.

Alors, qu’est-ce qui sépare le chanvre « sage » du cannabis « interdit » ?
Deux choses, qu’il faut se garder de confondre. La première est chimique. Le cannabis fabrique des cannabinoïdes, dont deux dominent : le THC (psychotrope) et le CBD (qui ne l’est pas). Selon celui qui l’emporte, on parle de chémotypes différents (voir Chémotype) - et cette dominante est gouvernée, pour l’essentiel, par un seul gène. Le « chanvre » au sens légal, c’est du Cannabis à très faible THC (un seuil réglementaire, de l’ordre de 0,2 à 0,3 % selon les pays). La frontière chanvre / drogue n’est donc pas une frontière d’espèce : c’est un seuil de chimie sur un continuum.
La seconde est taxinomique. À l’intérieur de l’espèce, les botanistes distinguent des sous-espèces : subsp. sativa (les chanvres à fibres, pauvres en THC), subsp. indica (les types riches en THC) et le sauvage ruderalis. Et ici, une distinction de vocabulaire compte : une sous-espèce est un taxon (une lignée, avec sa morphologie et son origine) ; un chémotype n’est qu’une variation chimique au sein d’un même taxon. Dès qu’on compare deux sous-espèces, on n’est déjà plus dans le chémotype. Quant au « sativa / indica » du langage des consommateurs (fondé sur l’allure et les effets ressentis), ce n’est pas cette classification botanique : c’est une étiquette populaire peu fiable, brouillée par des siècles d’hybridation.
Un dernier piège : les faux chanvres.
Comme le chardon ou le chiendent, « chanvre » a fini par désigner à peu près n’importe quelle plante à fibres. Le chanvre de Manille n’est pas du chanvre mais un bananier (l’abaca, Musa textilis) ; le chanvre de Nouvelle-Zélande est un Phormium tenax ; le chanvre du Bengale (ou sunn) est une légumineuse (Crotalaria juncea). Aucune n’a le moindre lien de parenté avec le vrai chanvre : seul les rapproche l’usage de leurs fibres.

Le vrai chanvre, lui, reste une seule plante - Cannabis sativa - dont l’humain a fait, selon la variété, la chimie et la loi, tantôt une fibre, tantôt une graine, tantôt une drogue.
Pour aller plus loin (niveau plus technique).
Le gène qui décide. Chez le cannabis, le rapport THC / CBD dépend surtout d’un seul locus (le locus B), à deux allèles codominants : l’un code l’enzyme qui fabrique le THC (THCA-synthase), l’autre celle qui fabrique le CBD (CBDA-synthase). D’où des chémotypes tranchés : type I (THC dominant), type III (CBD dominant), type II (les deux). Le chémotype du cannabis est donc presque mendélien - une belle illustration de ce qu’est, chimiquement, un chémotype.
Sa place dans le vivant (APG IV, 2016). Cannabacées → ordre des Rosales → Rosidées → Dicotylédones vraies. L’ancien ordre des « Urticales » (orties, ormes, mûriers, chanvre) a été démantelé : ses familles sont aujourd’hui réparties au sein des Rosales. Le houblon (Humulus) demeure le genre le plus proche du chanvre.
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