Champignon

Ce que l’on croit souvent
Le champignon est une plante - un végétal sans chlorophylle, une sorte de légume qui pousse à l’ombre.
La vraie définition botanique
On le cueille en forêt, on le vend au rayon des « légumes », on l’a longtemps rangé dans les manuels de botanique : le champignon a tout du végétal discret - une plante sans chlorophylle, en somme.
Ce n’en est pas une ?
Non, et l’écart est bien plus grand qu’on ne croit. Pendant des siècles, c’est vrai, on a classé les champignons parmi les plantes : immobiles, poussant du sol, ils semblaient de la même parenté, et ce sont les botanistes qui les ont d’abord étudiés. Mais la science a tranché : les champignons forment un règne à part entière, la fonge (comme il y a la flore pour les plantes et la faune pour les animaux).
Et le plus surprenant, c’est de quel côté ils penchent. Un champignon ne fait pas de photosynthèse : sans chlorophylle, il ne fabrique pas sa nourriture et doit, comme un animal, se nourrir de matière organique - en la décomposant, en parasitant, ou en s’associant. Sa paroi n’est pas faite de cellulose comme celle des plantes, mais de chitine - la matière de la carapace des insectes. Il stocke son énergie en glycogène, comme nous, et non en amidon. Au niveau de la cellule, un champignon est donc plus proche d’un animal que d’une plante.
Et le champignon que je ramasse, alors ?
Ce n’est qu’une petite partie de l’histoire. Le « champignon » du panier - chapeau et pied - n’est que l’organe reproducteur, celui qui fabrique et libère les spores. L’organisme véritable est caché : un vaste réseau de filaments, le mycélium, qui court dans le sol ou le bois. Le champignon est au mycélium ce que la pomme est au pommier : juste le « fruit ». (Et bien des fonges - levures, moisissures - ne forment jamais de « champignon » visible.)

Caché, ce mycélium ? Oui - mais pas modeste pour autant. Car le plus grand organisme vivant connu sur Terre n’est ni une baleine ni un séquoia : c’est un champignon. Dans les Montagnes Bleues de l’Oregon, un unique mycélium d’armillaire (un cousin de nos champignons de bois) s’étend sous la forêt sur près de 1 000 hectares - plus d’un millier de terrains de football - et on lui donne plusieurs milliers d’années. À la surface, on n’en voit que quelques touffes de chapeaux ; l’organisme, lui, est presque tout entier sous nos pieds.

Donc plantes et champignons, deux mondes qui s’ignorent ?
Au contraire - et c’est le plus beau. Par-delà les hostilités (il existe des champignons parasites : la rouille, l’oïdium… - et méfions-nous des faux amis : le mildiou, qu’on dit pourtant « champignon », n’en est même pas un, c’est un oomycète, encore un autre règne !), plantes et fonges font le plus souvent bon ménage. On croyait la symbiose réservée aux lichens (l’union d’un champignon et d’une algue). Or l’alliance entre champignons et plantes est infiniment plus répandue : sous nos pieds, les racines de 80 à 90 % des plantes vivent enlacées à des champignons. Ce sont les mycorhizes : le champignon apporte à la plante l’eau et les minéraux qu’il puise loin dans le sol ; la plante lui reverse les sucres de sa photosynthèse. Sans cette entente, les plantes n’auraient sans doute jamais conquis la terre ferme.
Alors, qu’est-ce qui les sépare, qu’est-ce qui les rapproche ? Ce qui les distingue est profond : l’un fabrique sa nourriture, l’autre la prélève ; leur chimie diffère ; et le champignon est, de nous deux, le plus proche cousin de l’animal. Ce qui les rapproche l’est tout autant : immobiles, ancrés au même sol, et surtout partenaires depuis des centaines de millions d’années. Deux règnes distincts - mais rarement l’un sans l’autre.
Source : Wikipédia (Fungi, Mycorhize, Lichen, Armillaria ostoyae).
Pour aller plus loin.
Il manque à ce portrait le trait le plus étrange, celui qui sépare vraiment le champignon de l’animal dont il est pourtant si proche : il digère à l’extérieur de lui-même. Un animal avale, puis décompose à l’intérieur. Le champignon fait l’inverse : il déverse ses enzymes dans le bois, la feuille morte ou le fruit, attend que la matière soit démantelée sur place, et n’absorbe que le résultat, molécule par molécule, à travers la paroi de ses filaments. Une moisissure sur une confiture, c’est un estomac retourné posé sur son repas.
Cette méthode lui a donné un monopole. La lignine, cette molécule qui rigidifie le bois (voir Bois), est extraordinairement résistante : presque aucun être vivant ne sait la démonter. Les champignons dits de pourriture blanche, eux, y parviennent - et ce sont pratiquement les seuls. Sans eux, le bois mort ne se décomposerait pas : il s’accumulerait indéfiniment, et le carbone qu’il contient ne reviendrait jamais dans le cycle. Chaque tronc qui s’effrite en forêt, chaque poutre qui pourrit dans une cave est l’œuvre d’une fonge en train de rendre au monde ce qu’un arbre lui avait pris.
On a même proposé que l’immense accumulation de bois non décomposé du Carbonifère, à l’origine de nos gisements de charbon, s’expliquait par le fait que ces champignons n’existaient pas encore. L’hypothèse est discutée - d’autres avancent des conditions de sédimentation particulières - et elle n’est pas tranchée. Mais elle pose bien la question : ce qui fait disparaître les forêts mortes n’est ni le temps ni la pluie, c’est un règne entier dont nous ne voyons, quelques jours par an, que les chapeaux.
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