Lichen

Ce que l’on croit souvent
Les taches grises, jaunes ou en lanières sur les troncs et les rochers, c’est de la mousse.
La vraie définition botanique
Sur un tronc, sur une pierre tombale, sur un toit d’ardoise : des croûtes grises, des taches jaune vif, des lanières pendantes. On appelle tout cela de la mousse. Ce n’en est pas, et ce n’est même pas une plante.
Un lichen est une symbiose. Deux êtres vivants d’origines totalement différentes qui forment ensemble un troisième organisme, avec sa forme propre, sa couleur propre et son nom propre. D’un côté un champignon, qui fabrique la structure, s’accroche au support et retient l’eau (voir Champignon). De l’autre une algue verte microscopique, ou une cyanobactérie, qui photosynthétise et nourrit l’ensemble (voir Algue, Chlorophylle). Le champignon seul mourrait de faim ; l’algue seule se dessécherait. Ensemble, ils colonisent des surfaces où aucune plante ne tient : la roche nue, le béton, l’écorce, la toundra.
La mousse, elle, est une vraie plante, verte, faite de tiges et de petites feuilles, sans fleurs et sans racines. Sur un tronc, la règle est facile : le tapis vert, souple et humide au toucher est une mousse ; les croûtes, les rosettes et les lanières sèches et cassantes sont des lichens.

Ces derniers se présentent sous trois formes, qui suffisent à les classer d’un coup d’œil. Les lichens crustacés forment une croûte si intimement soudée au support qu’on ne peut pas la décoller sans emporter un peu de pierre ou d’écorce. Les foliacés étalent des lobes aplatis, comme de petites feuilles, décollables par endroits. Les fruticuleux se dressent ou pendent en buissons, en lanières, en barbes.

La confusion est si ancienne qu’elle s’est fixée dans le commerce. La mousse d’Islande, celle des pastilles pour la gorge, est un lichen. La mousse de chêne, base classique de la parfumerie, est un lichen. Et le « lichen des rennes », lui, porte le bon nom : c’est bien de ces coussins gris que dépendent les troupeaux du Grand Nord en hiver.
Pour aller plus loin.
Le lichen a deux propriétés qui en font un instrument de mesure du monde.
La première est la reviviscence. Un lichen ne régule pas son eau : il prend celle de l’air et la perd aussi librement. Desséché, il devient cassant et suspend toute activité, indéfiniment. Quelques minutes après une pluie, il a repris sa couleur et recommencé à photosynthétiser. C’est ce qui lui permet de vivre là où rien ne pousse - et de croître extrêmement lentement, parfois moins d’un millimètre par an. On utilise cette lenteur régulière pour dater des surfaces rocheuses : mesurer le diamètre des taches permet d’estimer depuis combien de temps un bloc est à découvert, par exemple après le retrait d’un glacier.
La seconde est sa sensibilité à l’air. N’ayant ni racines ni cuticule protectrice, le lichen absorbe tout ce que l’atmosphère contient, polluants compris. Les formes fruticuleuses, les plus exposées, disparaissent les premières ; c’est pourquoi les troncs des villes industrielles en ont longtemps été dépourvus, et pourquoi leur retour, ou leur absence, sert d’indicateur de qualité de l’air.
Une dernière remarque, qui montre que le sujet n’est pas clos : longtemps décrit comme l’association de deux partenaires, le lichen s’est révélé plus peuplé que cela. Des travaux récents ont montré la présence régulière, chez de nombreuses espèces, d’un troisième hôte, une levure logée dans la couche externe. La définition scolaire tient toujours ; elle est simplement plus simple que la réalité.
À ne pas confondre
- Mousse
Vraie plante verte, sans racines ni fleurs
- Algue
Le partenaire chlorophyllien du lichen
- Champignon
Le partenaire qui forme la structure du lichen
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