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Ne plus se planter
C
Plante

Caoutchouc

Un caoutchouc (Ficus elastica), la « plante verte » de nos intérieurs, aux grandes feuilles luisantes. (Photo Mokkie, CC BY-SA 3.0.)
Un caoutchouc (Ficus elastica), la « plante verte » de nos intérieurs, aux grandes feuilles luisantes. (Photo Mokkie, CC BY-SA 3.0.)

Ce que l’on croit souvent

Le caoutchouc, c’est cette « plante verte » d’appartement - ou la matière élastique des pneus.

La vraie définition botanique

Dans nos jardineries, le caoutchouc appartient à cette catégorie commode et un peu vague : les « plantes vertes ».

Le Petit Robert lui-même en donne cette définition : « Plante arbustive du genre ficus, aux larges feuilles épaisses et brillantes » - juste avant l’autre sens du mot, la « substance élastique imperméable provenant du latex de certains arbres » (édition 2013, p. 344).

Une plante arbustive ? C’est un arbre.

Le caoutchouc, ou figuier à caoutchouc, se nomme Ficus elastica et atteint 30 à 40 mètres de hauteur dans son habitat d’origine, en Asie du Sud et du Sud-Est. Bien plus qu’une plante arbustive, bien plus qu’un arbuste (voir Arbre, Arbuste) : un véritable arbre, et un cousin de notre figuier commun (Ficus carica).

Et pourquoi « plante verte » ?

La formule ne dit rien de botanique ; elle dit un usage. On lit chez les décorateurs qu’« une petite fougère dans une chambre, un ficus sur le plan de travail, un majestueux yucca dans le salon » sont « des éléments essentiels d’une décoration chaleureuse ». Des objets, donc. Or ce sont des êtres vivants - et, chez eux, des arbres : un Ficus dépasse de très loin le yucca du salon.

Le mot ne tient pas debout non plus. Parle-t-on de « plante verte » pour un rosier, un cerisier, un althéa ? Faudrait-il croire que ces plantes-là ne fleurissent pas ? Les Ficus fleurissent, Ficus elastica comme les autres : ses inflorescences sont de petites urnes ovoïdes d’un jaune verdâtre, les sycones, qui apparaissent par paires à l’aisselle des feuilles des arbres adultes.

Reste le second sens du mot, la matière. Là encore le nom trompe : le caoutchouc de nos pneus ne vient pas de lui.

Récolte du latex sur un hévéa incisé, coulant dans une coupelle
Mais le vrai caoutchouc vient d’un autre arbre : l’hévéa (Hevea brasiliensis). En incisant l’écorce, on récolte le latex qui, coagulé, donne le caoutchouc naturel. (Photo Mohd Hafiz Noor Shams, CC BY 2.5.)

Bref, le caoutchouc ne se résume ni à un arbuste de jardinerie, ni à la substance élastique qui porte son nom. C’est un figuier tropical de trente mètres, que nous gardons en pot.


Pour aller plus loin.

Le nom d’espèce, elastica, n’est pas une fantaisie : le latex du Ficus elastica a bel et bien servi à faire du caoutchouc, l’Inde l’exploitant dès les années 1860 - avant que l’hévéa ne s’impose, son latex coulant plus tôt et donnant une matière de meilleure qualité. Curiosité : les deux arbres n’ont pas de parenté proche, Moracées pour le figuier (la famille du mûrier), Euphorbiacées pour l’hévéa. Deux lignées éloignées ont inventé séparément le même lait blanc de défense (voir Chimie).

Quant au sycone, il mérite un mot : ce n’est pas une fleur, mais une inflorescence retournée. Des centaines de minuscules fleurs tapissent l’intérieur d’une urne close, où de petites guêpes s’introduisent pour les féconder. La figue que nous mangeons est exactement cela : un bouquet de fleurs enfermé, devenu charnu (voir Fruit).

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