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Ne plus se planter
T
Organe

Tige

Nœud d’une tige de jasmin : le point précis où la feuille s’insère sur l’axe. (Photo Manuel Ferreira.)
Nœud d’une tige de jasmin : le point précis où la feuille s’insère sur l’axe. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

La tige, c’est forcément la partie verte et dressée qui porte les feuilles au-dessus du sol.

La vraie définition botanique

On croit reconnaître une tige à vue d’œil : c’est vert, c’est dressé, ça sort de terre, ça porte des feuilles. La définition tient tant qu’on reste au potager. Elle s’effondre dès qu’on regarde ailleurs.

Car une tige n’est définie ni par sa couleur, ni par sa forme, ni même par sa position. Elle est définie par ce qu’elle porte : des nœuds - les points précis où s’insèrent les feuilles - et des bourgeons. Là où il y a des nœuds et des bourgeons, il y a une tige. Partout ailleurs, non.

Tige de lilas vue de près, portant des bourgeons bien formés
La signature d’une tige : le bourgeon, cette réserve de croissance protégée par des écailles (voir Bourgeon). Aucune racine n’en porte jamais. (Photo Manuel Ferreira.)

Le tronc d’un chêne est une tige. Une tige devenue ligneuse, épaissie saison après saison par le cambium (voir Bois), mais une tige : elle a des nœuds, elle a des bourgeons, elle porte les feuilles. Le mot « tronc » ne décrit qu’une taille et une consistance, pas une nature différente.

La pomme de terre est une tige. Elle pousse sous la terre, elle est ronde, elle est pâle - et pourtant ce n’est pas une racine. C’est un tubercule caulinaire, un renflement de tige souterraine. La preuve est sous nos yeux dans le placard : les « yeux » qui germent sont des bourgeons, disposés en spirale comme les feuilles le seraient sur une tige aérienne. Et une pomme de terre oubliée à la lumière verdit, ce qu’une vraie racine ne fait pas. Une carotte, elle, ne germera jamais par son flanc.

Le rhizome du gingembre, de l’iris ou du chiendent est une tige lui aussi (voir Rhizome) : souterrain, rampant, couvert de petites écailles qui sont des feuilles réduites, avec un bourgeon à l’aisselle de chacune. Et dans le bulbe de l’oignon, la tige est réduite à un mince disque à la base, le plateau : tout le reste, ces couches charnues que l’on pleure en coupant, ce sont des feuilles (voir Bulbe).

Tige ligneuse de poirier montrant un nœud et le départ d’un rameau latéral
Une tige ligneuse de poirier. Au point de branchement, on lit tout : le nœud, la feuille qu’il porte, et le rameau né du bourgeon placé à son aisselle. (Photo Manuel Ferreira.)

La réciproque est vraie : ce qui ressemble à une feuille n’en est pas toujours une. Les raquettes du figuier de Barbarie sont des tiges aplaties et vertes (voir Cactus). Le « feuillage » du petit houx, ou fragon (Ruscus aculeatus), est fait de cladodes, également des tiges aplaties - et la démonstration est imparable : la fleur, puis la baie rouge, apparaissent au beau milieu de la fausse feuille. Aucune feuille au monde ne porte une fleur en son centre.

Rameau de fragon portant une baie rouge posée au centre même d’une fausse feuille
La démonstration en une image : chez le fragon, la baie rouge naît au milieu de ce qui semble être une feuille. Ce n’en est donc pas une : c’est un cladode, une tige aplatie. (Photo Manuel Ferreira.)
Tige verte, épaisse et cannelée d’une aunée, portant une grande feuille duveteuse
Tige herbacée d’aunée : verte, cannelée, dressée. C’est l’image d’Épinal de la tige - mais ce n’est qu’un cas particulier parmi beaucoup d’autres. (Photo Manuel Ferreira.)
Tige velue de guimauve portant des feuilles duveteuses, un bouton et une fleur rose pâle
Sur cette guimauve, la tige velue porte à la fois les feuilles, les boutons et la fleur : les trois productions dont elle est l’axe. (Photo Manuel Ferreira.)

Verte ou ligneuse, dressée ou rampante, aérienne ou souterraine, ronde ou aplatie, mince comme un fil ou large comme un tronc : la tige n’est dans aucune de ces apparences. Elle est dans le nœud et dans le bourgeon.


Pour aller plus loin.

Cette règle tranche aussi une vieille confusion de vocabulaire : celle de l’épine et de l’aiguillon. L’épine de l’aubépine ou du prunellier est un rameau transformé, donc une tige : elle naît à l’aisselle d’une feuille, exactement là où un bourgeon aurait donné une branche, et elle est solidaire du bois. L’aiguillon du rosier ou de la ronce, lui, n’est qu’une excroissance de l’écorce, sans lien avec les nœuds : il se détache d’un coup de pouce, sans laisser de plaie (voir Aiguillon). On ne pique donc pas ses doigts sur les épines d’un rosier, qui n’en a pas.

Le contre-exemple le plus spectaculaire reste le bananier. Ce que l’on prend pour son tronc n’est pas une tige : c’est un pseudo-tronc, un cylindre de gaines de feuilles emboîtées les unes dans les autres, comme les couches d’un poireau. La vraie tige est souterraine, courte et trapue, et elle ne se montre qu’au moment de la floraison : elle traverse alors tout le faux tronc par l’intérieur pour sortir le régime à son sommet. Ce qui explique au passage pourquoi le bananier n’est pas un arbre, malgré ses six mètres (voir Arbre).

À ne pas confondre

  • Feuille

    Porte un bourgeon à son aisselle, mais pas à sa surface

  • Rhizome

    Une tige, mais souterraine

  • Cladode

    Tige aplatie qui imite une feuille (cactus, fragon)

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