Absinthe

Ce que l’on croit souvent
Quand on dit absinthe, on pense d’abord à l’alcool des poètes maudits. Mais l’absinthe est avant tout une plante, Artemisia absinthium, dont la boisson n’est qu’un dérivé.
La vraie définition botanique
L’Absinthe, dans une certaine mémoire collective, fait d’abord référence aux alcools contenant des extraits de celle-ci ainsi qu’à ses distillats. Longtemps interdites à la vente en France, ces boissons ont fait leur retour à partir de 2011.
Beaucoup a déjà été écrit et dit sur les ravages des distillats d’absinthe : "Absinthes de mauvaise qualité" par l’ajout de sulfate de zinc pour en diminuer le prix ; présence de méthanol, alcool classé comme toxique et CMR (Cancérigène, Mutagène, Reprotoxique) ; entraînant la "folie de certains poètes de l’époque comme Van Gogh, Toulouse-Lautrec. L’explosion de la consommation entre 1874 et 1910 et le développement de l’alcoolisme ont probablement été une des raisons de son interdiction (cf. article sur Wikipédia intitulé : "Absinthe (spiritueux)").
Une autre face moins connue de la réalité des extraits d’Absinthe distillée a été décrite par le parfumeur Eugène Charabot et C-L Gatin dans "Le parfum chez la plante" paru en 1908, à partir de la page 34 et pouvant expliquer les effets neuro-toxiques de cette boisson, d’autant plus que les quantités consommées étaient importantes.
"L’essence d’Absinthe est extraite des parties aériennes d’Artemisia absynthium L. et produite notamment par le Midi de la France, l’Algérie et l’Amérique.
"L’essence américaine renferme essentiellement de la thuyone (neurotoxique) et environ 24 % de thuyol.
"Sur les extraits de plantes cultivées à Choisy-le-Roi, la thuyone est présente dans des proportions allant de 35 à 43.1 %, constituant qui reste principal et entraînant les effets neurotoxiques.
"En 1900 et 1905, des extraits sauvages d’Artemisia absynthium, coupée dans les montagnes à Caussols (Alpes Maritimes), montrent un profil analytique autrement différent : entre 71.9 et 76.3 % de thuyol libre, 78.9 et 80.6 % de thuyol total , mais "seulement" 3 à 8.4 % de thuyone (neurotoxique)".
On constate, donc, un profil chimique très différent suivant le lieu de cueillette de l’Absinthe, ainsi que le passage d’une plante sauvage à une plante cultivée pour répondre à la demande croissante de consommation.
Une plante riche en alcools, dans les Alpes Maritimes et la région de Grasse (alcools et éthers) et une plante riche en cétone neurotoxique en région de Paris ou Etats-Unis.
Cela pourrait expliquer, en plus des trafics en tout genre, le fait de rendre fous les artistes..


Pour aller plus loin.
Un mot sur le geste qui accompagnait cette boisson, car il relève de la physico-chimie. On versait l’eau glacée goutte à goutte, et la liqueur limpide se troublait en une opalescence laiteuse : le louche. Ce n’est pas un effet de style. Les composés aromatiques issus de l’anis et du fenouil, très solubles dans l’alcool fort, ne le sont pratiquement pas dans l’eau. En diluant, on fait franchir à la solution un seuil : les molécules ne peuvent plus rester dissoutes et se rassemblent spontanément en gouttelettes microscopiques, trop fines pour se séparer, mais assez grosses pour diffuser la lumière. Le trouble est une émulsion spontanée - le même phénomène, exactement, que dans un verre de pastis (voir Chimie).
Il faut ajouter, par honnêteté, que le procès de la thuyone a été largement révisé. Des bouteilles d’absinthe d’avant l’interdiction, retrouvées scellées, ont été analysées au cours des années 2000 : elles contiennent bien moins de thuyone qu’on ne l’avait supposé - des teneurs souvent voisines des absinthes autorisées aujourd’hui. L’explication la plus simple des ravages de l’époque reste donc la plus banale : une boisson titrant fréquemment 65 à 72 degrés, bue en grandes quantités et quotidiennement, dans un contexte de falsifications diverses. Ce qui n’enlève rien à ce qui précède : la thuyone est bien un neurotoxique, et la variabilité du profil chimique d’Artemisia absinthium selon son origine reste un cas d’école de chémotype (voir Chémotype). Simplement, la plante était moins coupable que le verre.
À voir aussi
Une erreur ou une précision à apporter ?
Aidez-nous à affiner cette fiche.