Nénuphar

Ce que l’on croit souvent
Nénuphar et lotus, c’est la même fleur posée sur l’eau.
La vraie définition botanique
Une grande feuille ronde posée à plat sur l’eau, une fleur ouverte au milieu : nénuphar ou lotus, on emploie les deux mots pour la même image. Ce sont pourtant deux plantes que presque tout sépare - et pas seulement la famille.
Le nénuphar (genre Nymphaea) flotte. Ses feuilles et ses fleurs reposent à la surface, portées par l’eau ; la feuille est fendue d’une échancrure qui va du bord jusqu’au pétiole. Mouillée, elle reste mouillée.
Le lotus (genre Nelumbo) se dresse. Ses feuilles et ses fleurs sont portées bien au-dessus de la surface, parfois d’un mètre, sur de longs pétioles rigides ; la feuille est ronde et entière, sans fente, avec le pétiole fixé en son centre comme un parasol. Et surtout elle est parfaitement déperlante : l’eau y roule en billes sans jamais l’humecter. C’est le fameux effet lotus.
Ajoutons que ce que l’on prend pour le sujet du même tableau ne l’est jamais : les Nymphéas de Monet, à Giverny, sont des nénuphars. Le mot savant a simplement gardé le nom du genre.
Mais la vraie surprise est ailleurs. Ces deux plantes ne sont pas seulement de familles différentes : elles sont, dans l’arbre des plantes à fleurs, extraordinairement éloignées l’une de l’autre. Les nénuphars appartiennent à l’une des toutes premières lignées d’angiospermes, séparée du reste il y a plus de cent millions d’années. Le lotus, lui, est un eudicotylédone, et sa parenté la plus proche n’est ni aquatique ni tropicale : ce sont les platanes et les protéas. Le lotus est plus proche du platane que du nénuphar. Leur ressemblance ne vient pas d’un ancêtre commun mais du même mode de vie : deux inventions séparées du même métier de plante à feuilles flottantes.
Dernière ironie : le « lotus » des Égyptiens, celui des fresques et des chapiteaux, le lotus bleu et le lotus blanc du Nil, sont des Nymphaea. Des nénuphars.

Pour aller plus loin.
L’effet lotus n’est pas une affaire de cire lisse, mais exactement l’inverse : une rugosité. La surface de la feuille est couverte de minuscules bosses, elles-mêmes recouvertes de cristaux de cire à une échelle plus fine encore. La goutte ne touche que le sommet de ces reliefs et repose sur un coussin d’air, ce qui l’empêche de s’étaler ; elle roule, et en roulant elle emporte les poussières. La feuille se nettoie donc en étant mouillée. Le principe a été copié pour des peintures de façade et des textiles autonettoyants - un des cas d’école du biomimétisme.
Quant au nénuphar géant du genre Victoria, celui des serres de jardins botaniques, il pousse la démonstration plus loin. Ses feuilles atteignent trois mètres, soutenues par-dessous par une charpente de nervures saillantes en poutrelles, dont la structure a inspiré des architectes du XIXe siècle. Et sa fleur ne s’ouvre que deux nuits : blanche et parfumée la première, elle chauffe - son métabolisme élève sa température de plusieurs degrés au-dessus de l’air - pour diffuser son odeur et attirer des coléoptères, qu’elle enferme jusqu’au lendemain ; la seconde nuit, elle rouvre, devenue rose, et les relâche chargés de pollen. Un piège temporaire à insectes, exactement comme celui de l’arum (voir Arum).
À ne pas confondre
- NénupharNymphaea spp.
Flotte à la surface
- Lotus sacréNelumbo nucifera
Dressé au-dessus de l'eau
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